Merci à Fabrice d'avoir pris le temps de rassembler ses souvenirs et de nous faire partager SA course. Il tient aussi beaucoup à dédier son trophée à ses fidèles sponsors par les photos ci-dessous.

 

Trophée CKDO_tn   Trophée AIBC_tn

 

 

Dolihos -255km non-stop-28 avril 2017 Grèce

 

Par quoi commencer quand il s’agit de résumer  une course à pied longue de deux jours et deux nuits...

La Doliho n’est pas une course comme les autres et à bien des égards elle fut pour moi une nouvelle expérience.

D’abord sur le plan sportif, l’occasion de passer la barre des 200 km pour la première fois dont une petite moitié sur asphalte. La particularité de cette course  est d’enchainer deux disciplines sœurs : la route et le trail. Découverte également sur l’apport d’une assistance dédiée et continue, comme les pros !

Et sur ces deux sujets le résultat a été au-delà de mes espérances.

 

Le choix de la course

L’année dernière déjà la Doliho m’avait tenté mais je n’étais pas suffisamment rétabli de ma mésaventure Librevilloise, frotté de trop près par un taxi fou. Pour 2017 l’aventure grecque était mon plan B en cas de non sélection à la Bad Water ce qui fut confirmé début février.

 

La prépa

Trois mois avant l’échéance je demande conseil à mon ami Rudolph qui m’oriente immédiatement vers son coach Daniel pour un plan d’entraînement adapté. En effet, jusqu’à maintenant les programmes sur internet ou presse spécialisée suffisent mais dans le cas présent la longueur de l’épreuve ajoutée à sa spécificité route puis chemin doivent faire l’objet  d’une approche différente : il faudra avaler 110 kilomètres de bitume vallonnés et enchainer pour un Trail de 145 kilomètres, le tout en moins de 48 heures !

 

Coup de chapeau à Daniel qui a privilégié des séances qualitatives au détriment du volume pur et dur. Des sorties de 20 à 40km (10 à 12km/h), des séances de côtes en fractionné, de la récup en vélo d’appart (30 à 40 km)  et longues sorties vtt (60 à 80 km).

 

L’assistance

L’assistance est un luxe pour un ultra marathonien, je le savais déjà et j’en ai la certitude aujourd’hui. Ça ne fait pas tout bien sûr mais pour avoir l’avoir vécu le temps de la Doliho, il faut avouer que c’est un plus indéniable, on peut même parler dans ce cas de course d’équipe.

 

Cette fois ce sont mes parents qui m’accompagnent, l’objectif est de leur faire découvrir mon univers de l’intérieur. Je compte sur leur sens de l’organisation, leur capacité à faire face aux imprévus et leur dévouement. Même si c’est une première pour eux, j’ai le sentiment que ça va bien se passer.

 

L’avant course

Etape importante pour se mettre dans de bonnes dispositions avant le jour j, j’aime avoir une ou deux journées sur place. L’occasion de régler les derniers détails sans stress inutile et de pouvoir se reposer le plus possible.

 

L’heure du briefing nous plonge enfin dans la course, je m’amuse de voir mes deux binômes en mode « superconcentré », et je me fais même rappeler à l’ordre par mon père (à 44 ans c’est quand même un monde) quand il me surprend à discuter avec ma voisine. Plus de doute, ces deux-là ne me lâcheront pas jusqu’à la fin, me voilà définitivement rassuré!

Top départ

Les premiers 11 km se font essentiellement sur chemin et en descente, un peu technique sur la première partie, je me demande si le choix de chaussures  de route est bien la bonne option, je me concentre donc sur mes appuis, ça serait dommage de  se faire une cheville dès le début.

 

La traversée des champs d’oliviers est un vrai bonheur puis très vite le premier stop à ITEA au 11èmekm. C’est désormais  100 km de route qui nous attendent. Gérard Ségui est sur mes talons depuis le début et me rejoins au 28ème km à Galaxidi, je repars avec lui car je sais que son rythme de métronome me servira sur les longues sections de route à venir. Le ruban d’asphalte longe le golfe de Corinthe, la vue est magnifique et le temps idéal. Les C.P en contre bas dans les villages typiques de bord de mer ponctuent nos étapes distantes d’une douzaine de kilomètres, la oui love team est déjà rodée et toujours au rendez-vous, Dominique pour la partie alimentation, Papa pour le topo sur mes temps de passage.

 

La nuit tombe doucement et je m’étonne que Gérard qui me précède d’une vingtaine de mètres ne mette pas sa frontale, je finis par le lui dire et nous nous arrêtons ensemble pour nous équiper. Cette fois la nuit a définitivement pris ses quartiers et c’est à ce moment que je prends conscience du danger de la situation : n’ayant jamais couru sur route je me fais quelques frayeurs au passage des camions qui nous croisent à vive allure.

 

Nous  sommes partis voilà quelques heures, moment venu pour le petit « checkup » mental qui m’alerte sur deux choses : La première concerne des douleurs musculaires aux quadriceps qui surviennent anormalement tôt. Nb prochain arrêt : Demander un doliprane, on verra bien.

 

Ce qui me cause plus de soucis en revanche, c’est mon incapacité à m’alimenter normalement, je me force depuis le début mais plus la nuit avance et moins je tolère : Dominique fait bien le job en me proposant tout ce qui est comestible dans un rayon de 100 mètres. Nous savons tous qu’une alimentation régulière est la garantie d’un apport d’énergie nécessaire à une bonne activité musculaire ... plus de carburant = plus d’énergie ... Au menu donc soupe, banane écrasée  et coca. La nuit passe doucement, je ne suis pas sur un mauvais rythme mais je sens bien que la suite va être compliquée.

Gérard finit par me lâcher à l’approche du 58ème km à NIKOLAOS, la nuit va être longue ... D’autres coureurs me doublent mais j’en passe aussi quelques-uns, visiblement plus atteints, difficile de faire un classement à ce stade de la course sachant que les participants du 111km sont encore avec  nous. Lors des stations suivantes, Philippe l’adorable assistant de Gérard y met aussi du sien pour me faire avaler quelque chose ; Au menu : grains de riz blanc à la petite cuillère et une compote qui passe bien. Je missionne donc mes assistants de m’en trouver pour la journée de demain !

 

En fin de nuit, une Suisse et un Allemand me rattrapent à l’approche de NAFPAKTOS. Je m’accroche à eux au moral jusqu’au stop mais leur allure est trop soutenue pour que je reparte en leur compagnie. Je dois avoir la tête des mauvais jours et je vois bien la mine désolée de mes deux assistants impuissants ... Je me garde bien de demander à quelle place je suis, Papa me fait à chaque C.P le rapport détaillé de la feuille de route mais je n’écoute plus. A cet instant peu importe le plan de marche, il faut continuer d’avancer sans perdre de temps et se servir de son expérience d’ultra runner : gérer ses moments de faiblesse, attendre que ça revienne ... et au besoin redéfinir de  nouveaux objectifs. Nb : penser à demander à Papa de commencer à regarder les barrières horaires.

Je passe tant bien que mal le 100ème en un peu plus de 12h00, je me surprends à penser qu’il s’agit de mon premier « 100 bornes » sur route !

La nuit s’estompe à l’approche de Rio, nous devinons au loin le pont majestueux que nous emprunterons reliant la Grèce Centrale au Péloponnèse.

 

Le stop n°11 de rio au 111èmekm est une base de vie située dans un hôtel, j’y retrouve mes fidèles serviteurs. Je m’accorde 15 minutes de sommeil dans le creux d’un canapé repéré par Dominique aux abords de l’accueil ... En espérant que la faim soit au rendez-vous à mon réveil. Et malgré une assiette de boulettes de bœuf et pommes de terre servie sous mon nez, rien n’y fait. Je m’efforce d’en avaler un peu quand même.

J’avais écrit dans le meilleur des cas 13h30 (arrêts  compris) pour couvrir les premiers 111 km, ça sera finalement 13h57. Malgré ma petite forme de la nuit, 30 minutes de retard ce n’est finalement pas si mal. Un nouveau jour se lève et la partie montagneuse que j’affectionne va commencer : en route pour 15 kilomètres de montée, un profil qui me convient.

 

La première partie très pentue sur route m’a rappelé la Martinique puis une seconde partie sur chemin carrossable en montée régulière  au milieu des  collines semblables à ce qu’on trouve en Provence, la chaleur avec. Un gars pas très causant équipé de bâtons est à quelques encablures de moi. C’est une bonne cible que je m’efforce d’avoir toujours en vue. Je lui envie ces bâtons que l’organisateur m’avait  déconseillé de prendre pour cette partie. Il va m’entendre celui-là dès que je le reverrai !

 

Mon compagnon de fortune s’arrête aux abords d’une petite cascade, je l’imite aussitôt pour me rafraîchir ... Et là miracle j’ai faim !! Je m’empresse de fouiller dans mon sac et j’avale aussi sec une barre chocolatée ... Immédiatement le moral revient, je décide alors de rejoindre mon allié de circonstance, notre rythme est bon, nous gagnons plusieurs places pour ne se faire doubler qu’une fois par un boulet de canon. (Qui finira second de la course ndlr).

 

Au stop 13 du 132 èmekm,  je retrouve avec délice notre charmant organisateur, je ne manque pas de lui dire que les bâtons auraient été bienvenus et lui de me répondre non sans malice : ”oui mais c’était pour te prouver que tu étais capable de le faire sans !!! ”

Les rires fusent, le moral revient, Je passe une longue partie de la journée avec mon compagnon aux bâtons et un autre Grec. Notre rythme est bon, à la différence du malheureux Danois que nous reprenons entre le 139 èmekm et le 145 èmekm, hagard au milieu du chemin. Je lui propose à manger, il refuse, il veut juste que tout ça s’arrête. Sa petite amie attend plus loin dans la voiture. Je l’encourage à faire dormir son homme mais il finira par abandonner au stop 15 du 145 èmekm.

 

Le parcours est une succession de sentiers de moyenne montagne  à franchir par des cols jamais difficiles ni techniques, je cours désormais tout le temps sauf en montée. A chaque station mes fidèles assistants sont au rendez-vous. C’est une course contre la montre pour eux aussi : trouver précisément l’endroit exact des C.P perdus au milieu de minuscules villages de montagne  est extrêmement difficile, surtout dans un pays inconnu, à la langue inconnue et à l’écriture différente de la nôtre !

 

Un monde parallèle au nôtre vit sa propre aventure : C’est celui des bénévoles et des suiveurs qui s’entraident et encouragent leurs poulains mais aussi ceux des autres. Il règne dans les CP une atmosphère de bienveillance et de bonne humeur et c’est à chaque fois un vrai bonheur de les retrouver.

 

Le soir tombe, déjà 27h de course à l’approche du 170 èmekm à KALOUSI. La forme est plutôt bonne même si j’ai à nouveau un peu de mal à manger. Je décide de dormir 15 minutes dans la voiture. J’apprends que le couple de coureurs de la nuit dernière est au repos dans l’auberge du village ainsi que Laurence, la Française. Je repars comme prévu sans gamberger, je sais à quel point les deuxièmes nuits sont terribles et propices aux abandons.

 

Kalentzi 187 èmekm, 30 heures de course. Je retrouve le gaillard grec aux bâtons, nous ferons cause commune jusqu’au 230eme km. Durant la nuit je l’encourage à courir avec moi à chaque partie plate et en descente. Lui prend le relais dans les montées, nous formons un bon duo qui nous permet de progresser rapidement.

 Lors de ce stop Dom me trouve une bouillie de riz, purée et viande, j’avale toute la gamelle pendant que le doc me place de solides pansements sur mes ampoules. La forme est là et le moral est bon. Il y toujours  un moment dans la course où on sait qu’on ira au bout, sauf accident. Mon compère grec « Pan » me tend le classement et je découvre avec surprise que nous sommes 9 et 10eme. Ma place importait peu tant j’étais concentré depuis le début à gérer la crise. L’assistant de « Pan », finisher de la Spartathlon lui aussi est aux petits soins pour nous. Il vit intensément la course, tout comme Dom et Papa qui n’ont dormi qu’une poignée de minutes depuis le départ !

 

Nous sommes trois à repartir de la station 21 à Drosia 194 èmekm. Le rythme s’accélère encore, nous franchissons une rivière et traversons des champs, le balisage est inégal mais mes deux compagnons connaissent bien le parcours. Suit une interminable  route puis nous nous enfonçons dans une forêt. Nous courons tous les trois et rattrapons un puis deux puis trois concurrents dont Gérard longtemps deuxième mais visiblement épuisé. Je l’invite à nous suivre mais il décline. Nous arrivons si vite à ZIREIKA au 219 èmekm au lever du jour que je surprends mes deux assistants à sommeiller dans la voiture. Ils ne m’attendaient pas si tôt ! C’est Philippe l’assistant de Gérard qui les prévient, je les salue à peine et nous voilà déjà repartis. Il n’y a plus que 3 gars devant nous dont un en passe de franchir la ligne d’arrivée (moins de 37 h pour ce champion déjà vainqueur de l’épreuve par deux fois).

Gérard nous remonte au mental mais les deux grecs prennent peu à peu leur distance et je choisis de rester avec mon compagnon des premiers kilomètres du vendredi. Nous progressons doucement jusqu’à ce qu’un gars revenu de l’arrière nous reprenne, nous doublant en courant sans un mot. Je m’excuse auprès de mon camarade, l’heure est à la remobilisation ! Le gars est coriace et tente de m’intimider en courant dans les montées. Nous sommes au 230 èmekm, cette fin de course ne sera pas de tout repos. Mon concurrent s’échappe à nouveau à la faveur de l’avant dernier arrêt. Entre le 242 èmekm et le 249 èmekm j’ai un moment d’égarement, je me souviens d’un champ d’oliviers interminable puis la fatigue, les hallucinations, je divague, je m’arrête devant une vache et lui parle...Puis au loin, sur une route dominant la vallée j’entends des cris qui me sortent de ma léthargie :  C’est Dom qui m’interpelle ! Je rejoins Kladéos, il ne me reste que 6 kilomètres. Je repars en me trompant de sens et c’est Papa qui me remet dans le droit chemin... je reprends mes esprits, je ne sais pas combien de temps j’ai perdu dans mes délires  mais je veux revenir sur le mec de devant (reparti 19 minutes avant moi). Je cours les six derniers kilomètres à 9/10kmh et reviens sur mon échappé à l’entrée d’Olympe : il est planté au milieu de la route, désorienté. Il reste un km, les fléchages sont difficiles à distinguer et il y a beaucoup de monde dans les rues. Je l’invite à me suivre pour remonter ensemble la rue principale avant l’entrée du stade, nous finirons ensemble à la sixième place.

Un petit comité est à l’arrivée,  loin des finish massifs de grandes courses célèbres, mais l’émotion est bien là. Je retrouve avec plaisir les deux grecs 4eme et 5eme avec qui nous aurons fait une course d’équipe extra durant la nuit. Une accolade également à l’organisateur à l’image de ses bénévoles, souriant et toujours à l’écoute, un vrai régal pour nous coureurs privilégiés. Emotion enfin en embrassant ma team, présente à chaque instant pendant près de 43 heures. Je ne sais pas ce qu’ils retiendront de cette aventure, moi je résume ça comme un beau moment d’échange. Merci ma team !

 

Je parlais de course d’équipe, elle prend tout son sens en la circonstance et je voudrais à cette occasion remercier toutes les personnes ayant contribué à la réussite de cette aventure : mes copains d’entraînement Phil avec qui j’ai partagé des supers moments de vie au Tchad, aux Canaries au Cameroun…et Pierrot mon binôme comme il aime à m’appeler pour qui les chemins de Cap Esterias (et les bestioles qui vont avec) n’ont plus de secrets, mon kiné et ostéo Christophe et Wilfried qui entretiennent la carcasse du mieux qu’ils peuvent. Rudolph pour m’avoir prêté son coach le temps d’une course et bien évidement Daniel the coach !

 

Bien sûr merci à mes fidèles partenaires Cecagadis et AIBC au travers de la team « oui love it »

Un grand merci également à tous ceux qui m’ont encouragé par  le blog, c’est vraiment super pour le moral pendant la course!

 

Enfin merci à ma chère et tendre épouse pour sa patience de tous les instants et à mes Trois petits loups pour la super banderole de champion qu’ils m’ont préparé pour mon retour sur Libreville.

Prochain challenge en Suisse fin juillet pour la m’xtrem avec mon pote Pierrot, en route pour de nouvelles aventures !